« Ce roman ne cherche pas à plaire. Il cherche à bousculer – à éveiller une énergie nouvelle pour une évolution dans l’aide à la personne. »
Éveiller par la fiction, agir pour le vivant
Devenir Rien Que Sa Voix est une traversée viscérale. Un roller coaster émotionnel qui affronte l’imprévisible, les dérives de l’oppression et les failles humaines. Ce récit n’est pas un modèle de vie : c’est un catalyseur de réflexion, un laboratoire où la douleur se transforme en apprentissage.
En confrontant le lecteur à l’irréparable, le texte ne cherche pas à terrasser, mais à éveiller. Il utilise la fiction pour transformer le regret en solidarité, et la blessure en nécessité d’agir.
Ce livre cherche à ouvrir des discussions. Une littérature qui dialogue avec :
- Les lecteurs ;
- Les soignants ;
- Les éducateurs ;
- Les artistes.
Je refuse qu’un livre soit lu puis immédiatement oublier. Je veux contribuer à ce que les œuvres, les objets et les actions portent leur poids, et que les bonnes choses ne se retrouvent pas noyées dans la masse — au moins à l’échelle d’une association ou d’un collectif.
Mon ambition est de contribuer à une solidarité très active : une solidarité qui pousse autant à l’entraide qu’à une compréhension profonde du trésor qui se trouve à l’intérieur de chacun, et qui cherche à unir les différences plutôt qu’à les effacer, particulièrement lorsqu’elles sont précieuses.
Le Dieu-Racine : au cœur de l’œuvre
Pour donner son sens à cette tragédie de la rédemption, l’histoire s’enracine autour d’un symbole : le Dieu-Racine.
Représentatif du déisme de Théo, de son monde imaginaire et de sa force intérieure, il incarne le terreau invisible dans lequel se tissent nos existences.
- L’héritage invisible : Le récit met à nu la mémoire transgénérationnelle. On y suit comment le traumatisme des parents coule inconsciemment dans les veines de leur fils, Théo, jusqu’à un geste ultime de protection.
- La reconstruction neuro-affective : À la croisée des neurosciences, de la résilience et de l’art-thérapie, l’épreuve devient le lieu d’une renaissance. Reconstruire sur des ruines pour fonder l’Institut de Confluence du Vivant (ICV).
- Une écologie de la chair : L’oeuvre propose une redéfinition organique du transhumanisme. Loin d’une technologie froide, l’humain renonce à la machine pour offrir sa propre biologie. Par le don, le corps s’efface pour nourrir le vivant : l’être ne domine plus la nature, il s’y dissout pour devenir la sève qui relie les êtres.
Le mécanisme de l’attachement : comprendre pour mieux prendre soin
Une partie essentielle de ma démarche d’écriture repose sur ce que j’appelle le « mécanisme de l’attachement ».
Je me suis longtemps demandé pourquoi certaines histoires nous bouleversent davantage que d’autres. Pourquoi nous pouvons pleurer pour un personnage que nous savons fictif, être profondément marqués par une relation qui n’existe pas, ou conserver pendant des années le souvenir d’une musique, d’un lieu ou d’une scène.
J’ai progressivement compris que l’attachement ne se limite pas au fait de rendre un personnage « sympathique ».
Une fiction peut nous faire nous attacher à un personnage, une relation, un lieu, une musique, une idée, une valeur, un projet ou même une manière de vivre.
Cet attachement peut être construit par le scénario : son histoire, ses origines, ses relations, ses blessures, ses contradictions, ses choix, ses efforts et les transformations qu’il traverse.
J’appelle attachement de valeur cette forme d’attachement qui apparaît lorsque nous découvrons progressivement pourquoi quelque chose est singulier et précieux.
Nous ne nous attachons alors plus seulement à ce qu’un personnage est. Nous nous attachons à tout ce que nous avons découvert de ce qui l’a construit.
La fiction possède pour cela une possibilité particulière : elle nous permet de prendre le temps de comprendre quelqu’un de l’intérieur, de suivre son parcours et d’observer les conséquences de ses choix avec une précision que les relations réelles ne permettent pas toujours.
Comprendre ne signifie pas excuser.
Mais comprendre peut permettre de dépasser le jugement immédiat pour interroger l’origine d’une faille, la complexité d’un parcours, les conséquences d’un acte et les possibilités de reconstruction.
La fiction peut ainsi devenir un exercice d’empathie : elle nous permet de rencontrer des réalités, des personnes et des situations que nous n’aurions peut-être jamais eu l’occasion de rencontrer autrement.
L’objectif n’est donc pas seulement de raconter une histoire.
C’est de construire une expérience suffisamment forte pour que quelque chose de cette histoire puisse continuer à vivre dans notre manière de regarder le réel.
Ce que mes personnages m’ont appris
Lorsque j’ai terminé Devenir Rien Que Sa Voix, j’ai ressenti une immense fierté pour cette œuvre, mais aussi quelque chose de plus étrange : j’étais fier de mes personnages.
Fier de leurs épreuves, de leurs échecs, de leurs changements et de leurs accomplissements.
Je savais pourtant que ma fiction idéalisait certains aspects de la vie. Elle ne donne pas La solution pour trouver le métier que l’on aime, construire une relation idéale ou apprendre à vivre parfaitement avec les autres.
Mais elle peut montrer ce que ces choses demandent.
Elle peut montrer le temps, les efforts, les responsabilités, les renoncements et les difficultés nécessaires pour construire quelque chose qui compte.
Et c’est une chose que je trouve encore trop rare dans la fiction.
Je me suis également rendu compte d’une chose très personnelle : je suis encore, à certains égards, le Théo du début.
Je ne sais pas si j’arriverai un jour à être celui de la fin.
Et c’est justement pour cela que mes personnages continuent de me servir de guides.
Lorsque je pense à eux, je peux rêver, garder espoir et me rappeler certaines valeurs que j’aimerais parvenir à mieux incarner dans ma propre vie.
Je crois que la fiction peut parfois nous permettre d’imaginer une version de nous-mêmes que nous ne savons pas encore devenir.
De la fiction à la vie
C’est pourquoi je ne souhaite pas que la création reste enfermée dans le récit.
Après avoir imaginé les vertus qui nous semblent les plus belles, vient le moment de les mettre à l’épreuve du réel.
Ne plus seulement raconter, mais vivre les choses.
Grandir, pour moi, c’est notamment apprendre à devenir responsable de soi et des autres. C’est savoir abandonner certaines choses moins importantes pour préserver celles qui le sont davantage. C’est apprendre à dépendre un peu moins de son propre confort lorsque nous pouvons contribuer à celui de quelqu’un d’autre.
Je crois donc que chacun peut trouver une manière d’exprimer les valeurs qui lui paraissent les plus importantes : par l’écriture, la musique, le cinéma, la peinture, la science, l’éducation, le soin, l’engagement associatif ou simplement dans ses relations quotidiennes.
La fiction peut nous montrer ce que nous voulons aimer. La vie nous donne ensuite l’occasion de le mettre en pratique.
Une place pour la part sombre
Cette réflexion m’a également conduit à une conviction importante : une personne ne se résume ni à ses pensées, ni à ses pulsions, ni à son pire moment.
Nous pouvons tous être traversés par des pensées destructrices, de la colère, de la vengeance, de la peur ou des représentations qui nous effraient nous-mêmes.
Cela ne signifie pas que tout comportement devient acceptable.
Au contraire : la responsabilité commence précisément dans ce que nous faisons de ce qui nous traverse.
Lorsqu’une personne craint ses propres pensées ou ses propres impulsions, il me paraît essentiel qu’elle puisse trouver un espace où en parler sans attendre d’être passée à l’acte, auprès de personnes compétentes capables de l’aider à comprendre ce qui se joue et à empêcher la souffrance de devenir violence.
C’est aussi pourquoi Devenir Rien Que Sa Voix s’intéresse autant à la prévention, à l’entourage, au soin et à la possibilité de reconstruire.
Je ne me suis jamais donné pour vocation de simplement punir le mal.
Je reste profondément ouvert à la recherche de dispositifs capables de prévenir la violence, de soigner lorsque cela est possible et de protéger les personnes vulnérables.
S’il existe des avancées en médecine, en psychologie, dans les relations humaines ou dans l’éducation, je crois qu’il est préférable de chercher à les comprendre et à les expérimenter avec rigueur plutôt que de renoncer à quelqu’un par principe.
Le message que je voudrais toujours défendre est simple :
Une vie n’est pas nécessairement fichue.
Ce que nous avons vécu, ce que nous avons fait ou ce que nous avons traversé peut nous marquer profondément, mais il peut toujours exister une manière de se reconstruire, de protéger les autres, d’apporter du bien quelque part et d’avancer du mieux que l’on peut.
Mes combats pour le réel
- La fiction s’arrête là où l’action commence.
Le roman sert d’étincelle pour soutenir trois piliers fondamentaux.
- Respecter, protéger et écouter l’enfance
Les enfants sont une priorité absolue. Accueillir leurs émotions, libérer leur créativité, les reconnecter au monde qui les entoure : préserver l’enfance, c’est aussi agir sur l’équilibre de la société de demain.
- S’appuyer sur la science et l’empathie
Pour imaginer une éducation plus humaine, je m’intéresse notamment aux travaux autour des neurosciences affectives, dont ceux de Catherine Gueguen. Comprendre le développement émotionnel et relationnel peut nous aider à repenser la manière dont nous accompagnons les enfants et construisons nos relations.
- Développer l’aide humanitaire et les dispositifs de soin
L’art doit pouvoir déboucher sur le concret.
Mon ambition est de contribuer au développement de dispositifs d’aide, d’éducation, de médiation et, à plus long terme, de réfléchir à des formes de soin plus justes, accessibles et profondément humaines.
Diriger la décharge émotionnelle vers une compréhension plus profonde de la faille humaine, pour transformer l’émotion en compréhension et la compréhension en possibilité d’agir.
Une littérature qui continue d’agir
Je cherche une littérature qui :
- Soigne sans moraliser ;
- Interroge sans simplifier ;
- Transforme sans oublier.
Je veux créer des histoires qui donnent envie d’aimer quelque chose suffisamment fort pour avoir envie de le protéger.
Des histoires qui ne prétendent pas donner toutes les réponses, mais qui donnent suffisamment envie de chercher.
Des histoires qui permettent de ressentir, de comprendre, puis peut-être d’agir.
Après avoir imaginé, il faut essayer.
Après avoir raconté, il faut vivre.
C’est dans cet aller-retour entre fiction et réalité, entre émotion et compréhension, entre attachement et action, que je souhaite inscrire mon travail.

